Selon Elinor Ostrom, économiste spécialiste de la gouvernance des communs et première femme lauréate du prix Nobel d’économie (2009), il n’y a pas une définition claire des communs qui puisse rendre compte de leur pluralité. Elle dégage toutefois trois éléments majeurs qui les constituent : une ressource, une communauté et les règles d’accès et d’usage qu’elle se fixe.
Plus qu’une ressource ou qu’un bien, un commun peut être considéré comme un « agir commun » soit, une façon de faire et de décider ensemble. « Avec les communs, nous avons affaire à l’émergence d’une toute autre forme d’organisation sociale : celle où les gens participent directement à la définition, à l’élaboration et à la production des usages qui les concernent directement » d’après Christian Laval et Claire Brossaud.
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Les beni comuni de Naples illustrent bien cette tension entre les différents termes et concepts. S’ils s’identifient littéralement à des « biens communs » ils tirent pourtant leurs fondements de leurs activités et non pas de la propriété du bien. Ils se définissent ainsi comme des espaces d’émancipation pour les habitant.e.s autour de pratiques communes de « régénération urbaine et humaine ». Nés d’actes de désobéissance civile, l’occupation de biens publics comme privés étant illégale, les communs urbains sont un moyen pour les citoyen.ne.s de se réapproprier la ville en s’opposant à sa financiarisation et en proposant des alternatives aux logiques néolibérales. Ils s’opposent aux logiques hiérarchiques et reposent sur les principes d’auto-gestion, de coopération, de mutualisme, d’inclusivité, de libre-accessibilité, de convivialité et d’équité. L’approche napolitaine des communs urbains est ainsi centrée sur la volonté de « libérer » des espaces pour les restituer aux citoyen.ne.s et qu’iels en fassent un usage civique et collectif.
Les beni comuni incarnent le « droit à la ville » entendu par Henri Lefebvre comme un droit fondamental à l’accomplissement individuel et collectif et à l’accès à toutes les infrastructures nécessaires pour se faire. Ils n’entendent cependant pas se substituer à l’Etat. Les nombreuses formes de dialogues entre les différentes communautés des beni comuni de Naples en témoignent bien. Les communs ne sont pas l’expression d’un rejet des institutions publiques en tant que telles mais plutôt des politiques néolibérales qu’elles appliquent qui tendent à privatiser les biens publics. Cette privatisation empêche les citoyen.ne.s de jouir collectivement des biens publics. L’accessibilité pour tous et toutes et la fonction sociale de la propriété, pourtant prévues à l’article 42 de la Constitution ne sont alors plus assurées.
« Les communs sont des lieux de résistance, je crois qu’il est très important de les garder même si bien sûr ils ne disposent pas du même pouvoir que la ville. Je crois que ça reste des lieux de possibilités où on peut développer des façons de faire et de penser différemment. » Maria Francesca De Tullio